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Ils vivent avec leurs morts : le rituel Ma’nene du peuple Toraja 

4–6 minutes

Sûrement l’une des traditions funéraires les plus étonnantes au monde

La mort est une affaire intime, un sujet si vaste dont la simple évocation a le pouvoir de bouleverser les consciences. Il suffit de considérer le nombre colossal d’intellectuels et d’artistes qui l’ont évoquée dans leurs œuvres pour mesurer son importance dans l’esprit humain. Pourquoi meurt-on ? A quoi bon vivre si l’existence a une fin ? Tantôt crainte, tantôt honorée, la mort ne laisse jamais indifférent. Une chose est sûre, notre rapport à la fin de vie raconte beaucoup de nous. Elle est le catalyseur de nos peurs, de notre psyché et de ses failles. Et si la mort a une couleur noire dans nos sociétés occidentales, elle n’est pas considérée de la même manière selon les cultures…

En Indonésie, il existe une tradition funéraire extrêmement spécifique, qui fascine autant qu’elle terrifie les esprits occidentaux. Tous les trois ans au mois d’août, le peuple Toraja exhume les corps embaumés de leurs proches, qu’ils lavent et habillent avant de les ramener chez eux. Le rituel du Ma’nene consiste à passer quelques jours avec les corps de leurs défunts, comme s’ils étaient encore de ce monde. Terrifiant, repoussant ? Pour les Toraja, cette tradition vieille d’un millénaire est pleine d’amour et de douceur. Elle permet d’honorer leurs êtres chers, et facilite l’acceptation de la mort en elle-même. Laissez-moi vous en dire plus… 

Trigger warning mort : une image utilisée pour illustrer cet article peut déranger les plus sensibles.

Le peuple Toraja d’Indonésie : un rapport à la mort intemporel

toraja mort

Les Toraja vivent dans le centre des montagnes de l’île indonésienne de Sulawezi. Ce groupe ethnique compte environ un million de personnes. Leurs croyances diffèrent de celles des occidentaux : on pourrait les décrire en un savant mélange d’animisme et de protestantisme. Pour eux, la mort n’est pas une fin, mais n’intervient que sur le corps physique. Il s’agit d’une étape. L’esprit lui, ne meurt pas et continue son chemin ailleurs. Ainsi, les traditions funéraires Toraja ont pour vocation d’accompagner les morts tant que leur esprit perdure auprès des vivants, et même lorsque leur chemin les mène vers l’au-delà. 

Le rituel des funérailles se nomme le Tomaté, il dure 7 jours et est organisé jusqu’à 3 ans après le décès. Durant le temps précédant la cérémonie d’enterrement, la famille veille sur le corps et son cercueil. Le plus souvent, ce dernier est entreposé dans une pièce de la maison familiale. Selon les Toraja, ce temps est absolument nécessaire pour accompagner un deuil dans la douceur, apprendre aux jeunes générations à accepter la mort, mais aussi rassembler les fonds pour organiser le Tomaté. Cette cérémonie très coûteuse est la plus importante dans la vie d’un membre de la communauté : on dit chez les Toraja qu’on peut manquer une naissance ou un mariage, mais jamais des funérailles.

Le Tomaté n’est pas un moment empreint de lourdeur, mais qui distille plutôt une ambiance conviviale et détendue : la famille est rassemblée, l’atmosphère est festive, on parle au mort,  les chants, banquets et sacrifices de porcs et buffles se succèdent… Chez les Toraja, la mort n’est pas brutale, mais un lent processus où l’âme chemine à son rythme. Un lien unit toujours les vivants et leurs disparus. 

Le rituel du Ma’nene : les deuxièmes funérailles

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Crédit photo : Funeral Museum

Le rituel du Ma’nene, ou deuxièmes funérailles, aurait environ un millénaire d’existence. Il est pratiqué par certains villages du nord Toraja, tous les trois ans au mois de juillet et août. Chez les Toraja, les morts sont embaumés avant leur enterrement, selon une méthode naturelle incluant du vinaigre et des feuilles de thé. Les sépultures se nomment des Patané, soit des trous creusés à même la roche. Ainsi, lors du Ma’nene, les corps sont ressortis de leur caveau. La famille nettoie le cercueil, entretient leur lieu de repos, nettoie et sèche les corps au soleil, puis change leurs habits. Pour les Toraja, c’est un moment empreint de joie et de tristesse, propice pour renouer le lien qui unit chaque membre d’une famille, vivant ou mort : on parle aux disparus, on les honore, on leur offre des cadeaux… La plupart des familles garderont les dépouilles quelques jours chez eux, agissant comme si leurs proches étaient encore en vie, avant de les replacer dans leur dernier lieu de repos.

Le Ma’nene a pour but d’honorer les âmes des morts. Selon les Toraja, les corps doivent être traités avec le plus grand respect lors du rituel. Durant cette période, la famille honore les esprits de leurs ancêtres afin qu’ils puissent toujours bénir les vivants et les protéger. Cette cérémonie se fait dans la douceur, de manière très intime. Les membres de la communauté se disent heureux de prendre soin de leurs proches et de prier. 

Vu d’un œil occidental, le rituel du Ma’nene peut paraître choquant. Les Toraja, eux, espèrent que leurs traditions vont perdurer. Et les jeunes générations semblent être aussi attachés à cette idée. Et on peut le comprendre. Cette conception de la mort profondément liée au temps qui passe permet d’accepter doucement le départ d’un proche, et de percevoir la mort non comme une ennemie taboue, mais comme une étape de la vie comme une autre, qui fait partie du voyage… 

Pour en lire plus sur les traditions funéraires hors du commun, lisez mon article sur le Famadihana à Madagascar

Sources :

https://hanslucas.com/jermine/photo/28052

https://www.rtbf.be/article/le-ma-nene-ce-rituel-dans-lequel-un-peuple-indonesien-deterre-ses-morts-et-les-rhabille-11049932

https://www.illustre.ch/photos/lile-morts-se-relevent

https://www.arabnews.fr/node/279816/culture

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