les korrigans des légendes bretonnes

Espiègles, malins et changeants : les korrigans des légendes bretonnes 

6–9 minutes

Portrait des korrigans, ces drôles de petits lutins issus du folklore breton

Qui n’a jamais entendu parler des korrigans ? Figure omniprésente dans les contes, ce lutin aux origines celtiques compte parmi les créatures du folklore breton les plus connues. Malicieux, espiègle, adepte de fourberies en tous genres, on les dit à la fois susceptibles et très riches. Ils garderaient des trésors, danseraient sous la lune, et lanceraient des pièges aux pauvres hères égarés. A la fois grimaçants et attachants, on les retrouve dans de très nombreux livres, films, contes, bandes dessinées… Pourtant, force est de constater que le grand public connaît en général assez peu le véritable visage des korrigans, malgré leur célébrité. Saviez-vous qu’ils ont plusieurs noms et caractéristiques qui changent selon les localités ? Qu’ils sont à la fois malfaisants et bienfaisants ? Le fameux Petit Peuple est une entité aux nombreux visages, et un monde fascinant à explorer. Alors, qui sont les korrigans des légendes bretonnes ? Dans cet article, je vous propose de le découvrir…

« C’est l’heure de se lever, de courir dans la vallée et d’effrayer les passants, la nuit nous appartient, évitez notre chemin, car nous sommes les korrigans. »

— G. Foucher , extrait de la chanson Barradig le Korrigan de Roc’h Trevezel.

Comment s’appelle un lutin en Bretagne ?

Anatomie des lutins

Avant de parler de korrigans, il est nécessaire de comprendre ce qu’est un lutin. Ces petits êtres sont plus spécifiques aux langues romanes, et particulièrement aux croyances populaires françaises. On peut les rapprocher des gnomes, gobelins, farfadets ou encore nutons des contes populaires européens. Les lutins sont donc des êtres de petites taille, connus pour leur espièglerie, leur obsession pour les femmes ainsi que leurs pouvoirs d’invisibilité et de métamorphose. On les dit susceptibles, et cultivant l’habitude de s’occuper des maisons des humains.

Proches de l’archétype du fripon, le caractère des lutins est tantôt bienfaisant, tantôt malfaisant. Comme beaucoup de créatures issues des anciennes croyances païennes, leur essence n’est ni mauvaise, ni bonne. Ils sont souvent confondus avec les elfes des pays scandinaves : leur ascendance est plutôt à chercher du côté de divinités secondaires et autres esprits païens tels que les sylvains par exemple. Les premières occurences du mot lutin remontent au XIe siècle, notamment dans un commentaire du Talmud rédigé par un rabbin champenois, ainsi que dans le roman Yvain ou le Chevalier au Lion de Chrétien de Troyes.

Etymologie et lieux de vie des korrigans

On dit de la Bretagne qu’elle est une “terre infestée de lutins”. En effet, on peut trouver un certain nombre de similitudes entre ces petites créatures des contes français et les korrigans. Ces derniers sont omniprésents dans les légendes de la région, bien qu’on situe leur croyance plutôt en Basse-Bretagne originellement. En breton, le terme korriganed est composé du mot korr, qui signifie “nain” et de deux suffixes affectueux. Il s’agit des deux diminutifs ig et an, qui signifient tous les deux “petit”. Un korrigan est donc un “tout petit nain”. Cependant, il existe de très nombreuses variantes de ce terme. Selon les localités, on les nommera folliked, tréo-fall, korrils, teuz, kornikaned, bugale an noz, boudig, buget-noz… Pourquoi ? Parce que leurs caractéristiques varient selon les localités et milieux où les légendes les rattachent.

les korrigans des légendes bretonnes
Illustration de Pascal Moguérou

Pour en avoir une meilleure idée, on peut se baser sur les dires de Pierre Dubois (un éminent elficologue et spécialiste du Petit Peuple) :

  • Les Korrils et autres Kannerez-noz sont liés aux landes ;
  • Les Poulpiquets aux vaux ;
  • Les Teuz habitent les prés ;
  • Les Boléguéans ont investi les tumuli ;
  • Les Hoseguéannets ont pour territoire les cercles de pierres ;
  • Les Boudig et Bouffon Noz ont élu domicile dans les fermes…

Et il existe encore beaucoup d’autres appellations. L’album “Les Korrigans et autre Bugale an Noz” des Ed Avis de Tempête recense même des entités plus spécifiques : la Groac’h serait une korrigane au caractère éxécrable, qui vivrait sur les grèves non loin de Saint Malo. Le Maestre Yan en revanche est un boudig qui voue un amour immodéré aux chevaux, et prend soin d’eux la nuit. Comment sait-on qu’il s’est occupé de nos bêtes ? En vérifiant leur crinière : Yan termine toujours son ouvrage en la tressant !

A quoi ressemblent les korrigans ?

Apparence physique dans les contes populaires

L’apparence des korrigans varie beaucoup selon les sources, et n’est pas clairement définie. Certaines fois, ils sont présentés comme des esprits prenant l’apparence de nains. D’autres versions les définissent comme des homoncules inférieurs aux humains, bien que leur apparence soit similaire à la nôtre. Selon ces récits de leurs origines, la race des korrigans se serait développée comme un peuple inférieur, frappé par une malédiction car il aurait insulté la Vierge. En effet, ces représentants du Petit Peuple imagent très bien l’influence de la christianisation sur les croyances en Bretagne, ainsi que la résistance des bretons face au catholicisme. Au Moyen-Âge, on attribue de plus en plus les méfaits arrivés à des prêtres aux actions des korrigans, qui seraient (dit-on) adeptes de fêtes endiablées au pied des croix de carrefour.

Les korrigans ont un point en commun avec les lutins : leur apparence humanoïde. Mais pour aller plus loin, comment peut-on décrire leur apparence ? Selon certains contes, ainsi que les écrits de Pierre Dubois, ils auraient :

  • Une magnifique chevelure ;
  • Des yeux rouges capables d’hypnotiser les mortels ;
  • Un nez bien souvent imposant (peut-être à cause de leur propension à faire la fête) ;
  • De grandes oreilles ;
  • Des cornes et pieds de bouc ;
  • Parfois des sabots de fer et griffes de chat ;
  • Voire un aspect mi-homme, mi-bouc dans le cas des korrils.

Outre leur anatomie, il y a beaucoup à dire de leur caractère et pouvoirs magiques.

les korrigans des légendes bretonnes
Illustration de Pascal Moguérou

Quels sont les pouvoirs magiques des korrigans ?

Il serait faux de définir les korrigans comme mauvais. Puisqu’ils sont issus de croyances païennes, leur personnage est plutôt ambivalent. On les dit bienveillants, facétieux, avares mais aussi espiègles. Le Petit Peuple de Bretagne serait aussi doté d’une force extraordinaire. Dans les contes, on raconte souvent qu’ils vivent sous terre, où ils garderaient un fabuleux trésor.

Les korrigans attendent en général les beaux jours pour organiser leurs fameuses danses, autour de grands feux ou non loin de dolmens. Les mortels qui croisent ces rassemblements se voient attribuer un défi, lorsque leur cœur est bon. S’ils le réussissent, l’assemblée fantastique leur offre un vœu. En revanche, les lutins bretons prendront un malin plaisir à jouer un tour pendable aux humains qui leur manqueront de respect… On trouve un exemple célèbre dans le conte des Deux Bossus :

Un gentil homme croise des korrigans qui dansent et chantent les jours de la semaine dans la lande. Il est invité à les rejoindre, et termine leur chanson par bonté d’âme. On lui attribue alors un voeu pour le remercier, et il demande à ce qu’on lui enlève sa bosse. Le lendemain, il raconte son aventure à son frère, lui aussi bossu. Mais l’âme de ce deuxième bossu est mauvaise, et rongée par l’envie. Il se dit que son frère est un benêt, et a laissé une montagne de richesses dont il aurait pu profiter. Il fait exactement la même chose que le premier, et se voit lui aussi offrir un voeu. “Je voudrais que l’on me donne ce que mon frère a laissé.”, dit-il. Les korrigans lui donnent alors la bosse dont ils ont débarrassé le gentil homme et disparaissent pour toujours.

Depuis les années 1970, le folklore breton est progressivement revenu au goût du jour. Et l’intérêt que lui portent les touristes est pour beaucoup dans sa préservation. Les visiteurs de passage en Bretagne apprécient tout particulièrement l’aura fascinante que dégagent ces légendes, et on les comprend : les traditions et contes bretons sont d’une richesse indéniable, et regorgent de créatures tout aussi insolites les unes que les autres ! Le korrigan en est un fier représentant, tout comme l’Ankou, ou encore la Lavandière de Nuit.

Aya Gogishvili, pour Monstres et Merveilles

Envie d’en apprendre plus sur la Bretagne ? Préparez une excursion dans la mythique forêt de Brocéliande en lisant cet article !

Toutes les illustrations de cet article sont de Pascal Moguérou, un artiste dont j’adore le travail. Découvrez son art par ici !

Sources :

Les Korrigans et autres Bugale an Noz, éd. Avis de Tempête

Leçons d’elficologie, Pierre Dubois, Roland et Claudine Sabatier, éd. Gallimard

https://lavalleedeskorrigans.fr/la-legende-des-korrigans/

https://www.francetvinfo.fr/decouverte/contes-et-legendes-les-gardiens-de-la-foret-de-broceliande_3685719.html

https://www.dol-celeb.com/races/korrigans/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Korrigan

https://www.geo.fr/histoire/korrigan-qui-est-cette-creature-legendaire-bretonne-206757

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lutin#:~:text=Le%20lutin%20est%20une%20cr%C3%A9ature,sous%20le%20nom%20de%20nuton.

https://www.dol-celeb.com/races/petit-peuple/

https://www.ouest-france.fr/culture/qui-sont-les-korrigans-ces-petits-etres-malfaisants-des-legendes-populaires-bretonnes-83619104-7eda-11ee-9e40-5131acac1bc0

3 réponses à « Espiègles, malins et changeants : les korrigans des légendes bretonnes  »

  1. bonjour. Je suis dessinateur/pyrographe amateur. Je suis passionné par l’univers mythologique bretonne. J’ai envie d’orienter mon style à celui correspondant à ce style de dessin que je trouve génial ! Pourriez vous m’indiquer comment puis je apprendre ce style? Ouvrages, vers qui me tourner. Merci pour votre réponse.

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    1. Bonjour ! Je ne suis pas dessinatrice, donc bien mal placée pour donner des conseils techniques. En revanche, je suis fan de cet artiste, j’ai mis un lien vers son site internet en bas de mon article. Il s’appelle Pascal Moguerou, et exerce depuis des années donc il a une belle biographie/insta/site internet etc. Pourquoi ne pas le contacter directement ?

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