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Tanabata – Les amoureux des étoiles

11–16 minutes

La fête du 7 juillet au Japon : la légende des amants contrariés

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’occidentalisation du Japon s’est intensifiée. Cependant, le pays du Soleil levant a su entretenir son exception culturelle en conservant de nombreuses traditions ancestrales dans ses coutumes. Le Tanabata matsuri fait partie de ces rites qui se perpétuent au fil des générations. Bien qu’il ait traversé de multiples changements, il reste une festivité essentielle de la culture japonaise.

Ce festival est une opportunité pour la population de se retrouver autour d’un bol de sōmen pour célébrer l’arrivée de l’été. À l’occasion d’une promenade dans les rues parées de décorations multicolores, les Japonais écrivent leurs vœux sur des tanzaku et les suspendent aux bambous. Chacun espère alors que son souhait atteindra les cieux et sera exaucé par les amoureux célestes. En effet, aussi appelée fête des étoiles, elle célèbre la réunion entre les amants contrariés Orihime (représentation de l’étoile Véga) et Hikoboshi (représentation de l’étoile Altaïr). Séparés il y a longtemps de part et d’autre de la Voie lactée, ils peuvent se retrouver une fois par an, le 7ᵉ jour du 7ᵉ mois.

De l’origine du mythe aux célébrations colorées, entrez avec moi dans l’histoire fascinante de la légende de Tanabata.

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La fête de Tanabata à l’époque Edo (Hiroshige, 1852)

La légende de Tanabata au Japon

Il existe de très nombreuses variantes du mythe de Tanabata. Celle que je vous raconte ici semble la plus populaire aujourd’hui : il s’agit de la version contée par Lafcadio Hearn dans « Le Roman de la Voie lactée ».

Le conte de Orihime et Hikoboshi

L’empereur du ciel avait une fille magnifique nommée Tanabata-tsume (Orihime dans les versions plus récentes). Passionnée par son travail de tisserande, elle y consacrait beaucoup de temps. Un jour, alors qu’elle tissait dans sa demeure céleste, un très beau paysan passe sous sa fenêtre (Hikoboshi). Elle en tombe éperdument amoureuse. Son père, au fait de son désir, lui offre la main du jeune homme. Une fois mariés, leur passion est si intense qu’ils négligent leurs tâches respectives. Le buffle, sans gardien, est laissé à son sort dans les plaines du firmament, tandis qu’aucun tissage ne sort plus de la maison de Tanabata-tsume.

L’empereur céleste, fâché de les voir délaisser leurs devoirs, les condamne à s’éloigner l’un de l’autre et les sépare alors par la Voie lactée. Il les autorise uniquement à se rencontrer une fois l’an, la nuit du 7ᵉ jour du 7ᵉ mois. Il est dit que ce soir-là, des pies forment un pont qui permet aux amoureux de traverser la rivière céleste (nom japonais de la Voie lactée) pour se retrouver.

Le mythe des amoureux contrariés dans la poésie japonaise

Des traces écrites de ce mythe ont été retrouvées à l’époque Heian (794 – 1185) dans le Kōji kongen. À la même période est apparue la légende du « pont jeté de pie ». À l’origine, cette expression a été utilisée dans un poème du Man’yôshu, et évoque les marches menant au palais impérial nippon. C’est à l’époque Edo (1603 – 1866) que le terme a été détourné pour désigner les histoires d’amour. Dans le conte des amants de la Voie lactée, il représente le lien passionnel entre Orihime et Hikoboshi.

La légende dit que s’il pleut le soir des retrouvailles, la rivière du ciel prend trop d’ampleur et les pies ne peuvent pas former de pont. Les amoureux contrariés sont alors contraints de patienter l’année suivante pour se voir. La pluie du 7 juillet est donc surnommée « Namida no Ame » (la pluie des larmes). C’est ainsi que la pie est devenue l’ange gardien des couples dans le folklore japonais.

L’influence de la légende sur les relations amoureuses au Japon

Parce que la plupart des contes ont une morale, celle-ci nous apprend beaucoup sur les mœurs du pays. Ici, il est exprimé que la passion n’est pas souhaitable, car elle nuit au bon déroulement de la société. En effet, elle empêche ceux qui la partagent d’accomplir leurs devoirs envers la patrie (le travail). Le message ainsi envoyé est que, dans un couple, l’amour n’est pas enviable. Il faut donc l’éviter, voire le réfréner. Si on ne peut affirmer que cette légende est à l’origine de l’actuelle complexité des liaisons amoureuses au Japon, on ne peut nier que son implantation à l’époque Heian a pu ancrer un fonctionnement relationnel déjà établi par le confucianisme chinois.

Si le Japon a réussi à associer le conte à sa culture populaire locale, il n’en est pourtant pas le précurseur.

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La tisserande et le bouvier : les origines du mythe de la fête des étoiles

La Chine a toujours influencé le Japon. Le mythe de Tanabata et ses célébrations n’y font pas exception. En effet, c’est avec la légende du bouvier et de la tisserande qu’ont débuté les jubilés de la fête de kikkoden (ou xiqi — 7e jour du 7e mois —) en Chine.

Le conte chinois du bouvier et de la tisserande

Niulang est hébergé chez son frère et sa femme, tous deux malveillants à son égard. Un jour, le buffle dont il s’occupe se met à lui parler avec une voix humaine. Il lui conseille de quitter le foyer et de disparaître avec sa part d’héritage : « N’oublie pas de réclamer ton dû, et demande pour seul bien ton vieil ami le buffle ». Ils acceptent le marché et le laissent partir vers des régions lointaines. Toujours accompagné de son fidèle ami le buffle, il se fait surnommer le bouvier.

Des mois plus tard, lors d’une promenade, il voit 7 filles se baigner nues dans un lac. Absorbé par leur beauté irréelle, il ne peut décrocher le regard de ce spectacle. Alors, 6 des filles sortent de l’eau, récupèrent leurs vêtements sur le bord et s’envolent vers le ciel. Sur les conseils du buffle, il vole les habits de la dernière déesse. Quand elle sort à son tour, Niulang apparaît devant elle. Lui rendant ses biens, il exprime son désir le plus profond et demande la main de cette déesse céleste. Zhinyu, impressionnée par la fougue et le courage de ce jeune bouvier, accepte la requête. Ils se marient donc immédiatement, sur les rives de ce lac enchanté.

Fous amoureux l’un de l’autre, ils vivent heureux et ont 2 enfants. Alors que la mort appelle le buffle, il souffle à Niulang ses dernières paroles : « Quand la faucheuse m’emportera, garde ma peau près de toi. Le jour où tu auras besoin qu’un de tes souhaits soit exaucé, porte-la sur tes épaules. ». Niulang obéit à son ami et conserve son unique héritage, attendant l’instant propice pour en faire usage.

Des années plus tard, la reine mère céleste réagit à la disparition de sa fille Zhyniu. Tisserande des nuages colorés du ciel, voilà longtemps que sa tâche n’avait pas été accomplie. Elle vint l’enlever de son foyer et l’obligea à retourner dans sa demeure céleste. Le bouvier et ses enfants, présents sur les lieux du rapt, se décident à les suivre. Niulang met la peau du buffle sur ses épaules et fait le vœu de pouvoir poursuivre sa bien-aimée. Sa progéniture sur le dos, il tente de rattraper sa femme. Alors qu’il allait y parvenir, la Reine des Cieux tire un trait dans le firmament, empêchant Niulang de continuer sa route. C’est ainsi que la Voie lactée sépare à tout jamais les 2 amants. Enfin, presque. Niulang et Zhinyu, mués dans le chagrin impérissable de leur amour contrarié, l’impératrice céleste les prend en pitié et les autorise à se rencontrer une fois par an, le 7ᵉ jour du 7ᵉ mois.

La fête des amoureux en Chine

On retrouve les premières traces du mythe dans les traditions orales, à partir du IIe siècle. C’est au VIe siècle que seront redécouverts les premiers textes. Cette légende est à l’origine de ce qui est devenu aujourd’hui la Saint-Valentin chinoise : kikkoden.

Étant initialement une célébration pour honorer les femmes et leurs talents, Zhinyu était l’héroïne du conte. Courageuse tisserande qui anime son foyer, elle représente le modèle féminin de toute Chinoise qui souhaite trouver le bonheur. La fête de kikkoden est alors l’occasion pour elles de montrer leurs compétences pour le tissage et les arts domestiques. Aujourd’hui, cette tradition s’est quelque peu perdue, même si quelques femmes la perpétuent tout de même, en remplaçant le tissage par le crochet.

Par la suite, le mythe des amants des étoiles a été utilisé comme propagande pour le néo-confucianisme. En effet, il est interdit par le puritanisme de se marier au bord d’un lac. De fait, cette union est maudite et il est normal qu’ils soient tous 2 sanctionnés. De plus, la déesse, épousant un simple humain, commet un péché mortel. Elle doit comprendre son erreur et recevoir une leçon. C’est ainsi qu’est renversée la place des protagonistes de la légende : Niulang devient le personnage principal. L’origine de la séparation, uniquement due à la colère des saints dans les premières versions, vient par la suite s’expliquer par une faute perpétrée par Zhinyu. Les amoureux ont négligé leurs responsabilités, ils sont paresseux, ils doivent donc être pénalisés pour appréhender l’importance du travail.

L’astronomie à la naissance du mythe de la fête de l’été

Depuis toujours, dans son besoin de comprendre et d’expliquer, l’humain a observé le ciel. Les mythes sont venus combler les questions sans réponse. C’est de la contemplation des étoiles Véga et Altaïr qu’est née la légende du buffle et de la tisserande. Scrutant attentivement le chemin des astres au cours du temps, ils ont rapidement remarqué qu’un jour par an, les deux corps célestes se faisaient face de chaque côté de la Voie lactée. Avec Deneb, ils forment le triangle d’été.

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En Chine, au IIIe siècle, l’introduction du taoïsme religieux et de l’astrologie a engendré une association entre le ciel et les dieux. Altaïr et Véga (2 des étoiles les plus visibles de la période) furent liées à des divinités. Altaïr était reliée au buffle et présidait les rituels de sacrifice de ces animaux, tandis que Véga était considérée comme la fille de l’empereur céleste et la déesse des travaux féminins. Selon le mythe, Véga tissait des vêtements enchantés. Ces deux figures ont tiré leur signifiant du proverbe chinois « les hommes labourent et les femmes tissent ».

Le Tanabata matsuri au Japon

D’abord empreint de traditions réservées à l’élite du pays, le Tanabata Matsuri est devenu un festival populaire et prisé des locaux et des touristes. Il se fête une fois par an à l’occasion du 7e jour du 7e mois.

Les traditions de la fête de l’été

Les festivités sont toujours impressionnantes et immergent les passants dans l’ambiance des traditions japonaises. Le jour de la fête des étoiles, les rues du Japon s’animent de festivals et de divers ornements pour rendre hommage à Orihime et Hikoboshi. Les avenues sont garnies :

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Par ★Kumiko★ from Tokyo, Japan — 七夕, Tanzaku accrochés à des bambou pour Tanabata.
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Fabrication d’ornements pour la fête de Tanabata, Isoda Koryusai (vers 1773), Metropolitan Museum of Art.
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Tanabata matsuri de Sendai (2005). Original téléversé par Atsi Otani sur Wikipédia anglais.

On y déguste des sōmen, des nouilles longues et fines (décrivant la Voie lactée), très appréciées pour leur fraîcheur en été.

La tradition la plus répandue aujourd’hui consiste à écrire un vœu sur un tanzaku (une bande de papier colorée) et à l’accrocher à une branche de bambou. Celui-ci a été choisi, car il pousse droit vers le ciel, facilitant ainsi son ascension céleste. Cette coutume est née à l’époque Heian.

En effet, c’est en 755 que fût célébré le premier festival de Tanabata. Les jeunes filles ont commencé à prier l’étoile Véga le 7 juillet, dans l’espoir de réussir dans la couture et le tissage.

Au fil du temps, elles lui ont demandé de rencontrer leur âme sœur, à l’image de Orihime et Hikoboshi. Sur des autels, des fils colorés étaient passés dans des aiguilles à 5 trous. De l’encre était préparée pour s’adonner à la calligraphie d’un poème sur une feuille de couleur, ensuite suspendue à un bambou. Pour que les vœux soient exaucés, les bambous étaient finalement jetés à l’eau ou brûlés. Pour des raisons écologiques, ces rites ne sont plus effectués aujourd’hui.

Le papier coloré coûtant très cher, ce fut pendant longtemps une célébration réservée aux aristocrates les plus fortunés. C’est à l’époque du shogunat de Tokugawa (1603 – 1868) que la fête devint plus populaire et qu’elle fût étendue à toute la population japonaise.

Les dates du festival au Japon

Depuis l’adoption du calendrier grégorien en 1873, le Japon a fixé la date du Tanabata au 7 juillet. Toutefois, de nombreuses villes japonaises ont opté pour le maintien des festivités selon le calendrier luni-solaire, précédemment en usage. Liée à l’observation du ciel, cette façon de diviser le temps est également connectée aux saisons. Elle comprend 12 lunaisons de 29 ou 30 jours chacune, pour un total de 354 jours par an. Un mois supplémentaire était parfois ajouté pour compenser le décalage entre les cycles solaires et lunaires. C’est pourquoi la date du Tanabata (ou du Nouvel An chinois) est différente chaque année. Les villes japonaises optant pour les dates luni-solaires ont cependant décidé d’en garder des fixes, entre le 7 et le 15 août chaque année.

Selon le calendrier luni-solaire, la fête de Tanabata fait partie des 5 festivités saisonnières transmises par la Chine (Sekku – 節句).

Où participer au festival des étoiles ?

Lors de votre voyage au Japon, vous aurez l’occasion de célébrer le Tanabata Matsuri dans différents endroits de l’archipel.

Les plus célèbres sont ceux de Sendai (du 6 au 8 août) et de Minami Hiratsuka dans la préfecture de Kanagawa. Le festival de la ville d’Anjō (proche de Nagoya) fête son 70e anniversaire en 2023 et promet de multiples surprises. Il a d’ailleurs établi en 2013 le record du monde du plus grand nombre de vœux accrochés dans les rues pour le Tanabata. Vous aurez l’opportunité de participer à plusieurs jours de célébrations dans ces villes.

Cependant, beaucoup de communes japonaises proposent une journée de festivité pour l’occasion. Vous pourrez assister à des spectacles de danse, à des défilés ou simplement vous balader au milieu des stands de nourritures, habillés du traditionnel yukata, porté durant les matsuri. Bien que moins réputés, ils vous plongeront tout autant dans l’ambiance de l’été japonais. N’hésitez pas à vous renseigner sur les sites internet des villes que vous souhaitez visiter entre le 7 juillet et le 7 août.

Le Tanabata Matsuri tire son origine de l’observation du ciel et de l’interprétation des étoiles par les astrologues chinois. Les légendes qui en ont découlé ont été utilisées par différents courants politiques ou religieux. Cependant, ses vestiges sont aujourd’hui ancrés dans les traditions asiatiques, chaque pays en ayant produit sa propre version. Le Japon n’y fait pas exception et organise toujours des célébrations uniques pour commémorer les retrouvailles des amoureux célestes.

Maintenant, Tanabata revêt surtout un caractère festif et symbolique. Elle reste toutefois une des fêtes les plus importantes du folklore japonais. Vous pourrez savourer une balade en yukata au milieu des décorations multicolores et des stands de calligraphie. Mais c’est aussi l’occasion de se réunir autour d’un plat de sōmen ou d’un feu d’artifice. On célèbre le Tanabata Matsuri le 7 juillet ou le 7 août dans la plupart des grandes villes japonaises.

Jennifer Degremont

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Sources :

Le taoïsme : à la recherche d’une harmonie entre l’homme et la nature – essentiels.bnf.fr

Chine : mythes et dieux de la religion populaire. – Jacques Pimpaneau (livre)

Les histoires d’amour au Japon : des mythes fondateurs aux fables contemporaines – Agnès Giard (livre)

Les arcanes du calendrier japonais – nippon.com

Le 7 juillet : « Tanabata », la fête des étoiles – nippon.com

Anjō Tanabata Star festival (Anjo Tanabata Matsuri) – aichi-now.jp/en  

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