divinités africaines

Les divinités africaines | De l’animisme aux dieux de la Création

10–15 minutes

L’Afrique, berceau de l’Humanité, a préservé la mémoire du passé grâce à la tradition orale. De cette forme d’enseignement délivrée par les anciens dans le cercle familial nous viennent les mythes et les légendes autour des divinités africaines. Autant d’ethnies, autant de cultures, autant de récits constituant le riche panthéon du Continent Noir. L’animisme, l’une des plus anciennes formes d’expression religieuse de l’Homme, occupe une grande place dans la mythologie africaine. Le culte des ancêtres et des forces de la nature est particulièrement important. Mais les religions traditionnelles en Afrique se réfèrent aussi presque toutes à une sorte d’« Être suprême », dont la définition, le nom et les attributs varient selon les peuples.

Les croyances ancestrales et la mythologie africaine vous passionnent ? L’histoire de la création du monde vous intéresse ? Entre animisme et cosmogonie, laissez-vous surprendre par la richesse du polythéisme africain. Cet article vous propose un tour d’horizon des croyances ancestrales et des principales divinités vénérées par les peuples d’Afrique. 

L’animisme en Afrique : chamanisme et pratiques traditionnelles

divinités africaines

Le terme animisme vient du latinanima, qui signifie l’« âme ». Il attribue une âme à tout être vivant, animal ou végétal. Surtout présentes en Afrique, les religions animistes traditionnelles mettent en avant la croyance en l’existence d’êtres spirituels omniprésents dans la nature, en tout être vivant, animal et végétal. Tout serait habité par des esprits.

Pour les pratiquants, l’animisme est le moyen d’entrer dans l’intimité des divinités africaines qui peuplent la nature. La connaissance expérimentale du divin procurerait des pouvoirs magiques et thérapeutiques. 100 millions d’hommes et de femmes environ dans le monde auraient des pratiques animistes, à l’exclusion d’autres religions. Jean-Claude Foelich, anthropologue spécialiste de l’Afrique de l’Ouest, estime que depuis les années 1990, l’Afrique religieuse se partage sommairement en un tiers d’animistes, un tiers de chrétiens et un tiers de musulmans.

Le chamanisme africain

En Afrique, contrairement à d’autres continents, le chaman ne va pas chercher les dieux. Ce sont les dieux qui viennent rendre visite aux humains et les habiter, à la suite de rites d’initiation et de possession. Le « sorcier » est celui qui a le pouvoir de faire venir les dieux. Ils peuvent surgir dans le corps d’un fidèle au cours d’une assemblée prise de transes.

Les pratiques animistes traditionnelles en Afrique

Les offrandes aux divinités africaines

Très habituelles, les offrandes sont destinées à obtenir la bienveillance d’une divinité africaine, à se protéger contre une maladie ou une calamité. Elles sont constituées de produits consommables, d’étoffes, de coquillages, mais aussi le plus souvent d’eau, d’huile, de boissons alcoolisées et de sang.

L’initiation

Fabriquer un autel, connaître la parole à prononcer, savoir quel geste accomplir au moment du culte n’est pas accessible au premier venu. C’est l’initiation qui permet de transmettre les éléments théoriques et pratiques de la religion ou du culte. Elle obéit à des conditions et des rites tenus secrets. Une fois initié, l’individu adopte un nouveau nom, une nouvelle manière de vivre, de s’habiller et même de manger.

La possession

Stade le plus élevé de l’initiation, la possession est un rituel presque commun à tous les cultes en Afrique. Son objectif : permettre à l’adepte de faire corps avec une divinité africaine grâce au fruit d’une discipline contrôlée par des prêtres. Dans une ambiance de musique, de tam-tams et de chants, par la répétition de longues invocations, de danses et de transes, la divinité africaine participe à sa propre adoration à travers le corps du croyant. Le possédé dispose de pouvoirs temporaires comme la voyance, le don de guérison, des capacités physiques comme une souplesse évoquant l’image d’un « dieu-serpent ».

divinités africaines

Le sacrifice comme cadeau aux divinités africaines

La tradition du sacrifice est encore répandue dans les villages africains. Au pied des arbres sacrés, on sacrifie tel ou tel animal selon la préférence supposée de la divinité pour laquelle on procède au rituel. C’est le porte-parole des divinités inférieures, l’oracle (au sens propre, le « devin »), qui indique le nom de la bête à immoler et les modalités du sacrifice. Cette tradition, qui fait partie de la relation unissant l’adorateur et la divinité, est l’une des voies du salut.

Les rites funéraires

Le décès est vu comme une occasion de réunir l’ensemble de la communauté. Chaque mort donne lieu à une veillée funèbre, la plupart du temps dans le village natal du défunt. On lui rend hommage en célébrant sa vie. La principale fonction des rites funéraires est d’aider l’âme du défunt à rejoindre la communauté des autres défunts, ancêtres de la famille (en Afrique, la famille englobe les vivants et les morts).

Le culte des ancêtres

Sur le continent africain, le culte des ancêtres et les rites funéraires sont très présents dans les traditions animistes. On vénère comme vrais ancêtres ceux qui ont mené sur terre une vie morale exemplaire ou ceux qui ont eu un rôle historique, social ou politique (rois, grands prêtres, chefs, pères chargés de famille nombreuse). Le culte des ancêtres correspond à une sanctification.

Les divinités africaines de la Création : une ethnie, un dieu

De nombreux Africains pratiquent l’animisme, ils croient aussi en l’existence d’un Dieu suprême. Celui-ci cohabite avec des divinités inférieures proches de lui – elles sont ses collaborateurs – et proches des hommes, considérés alors comme des ancêtres divinisés. Le culte est rendu aux esprits et aux ancêtres et non à cet « Être suprême » car il est inaccessible. Il faut donc « amadouer » les divinités et puissances intermédiaires pour intercéder auprès de lui.

La divinité africaine d’Amma au Mali

divinités africaines

Les Dogons, peuple du Mali, vénèrent Amma, le créateur de toutes choses qui habite dans les régions célestes. « Amma » signifie qui « maintient en ordre », et on dit que celui qui répète son nom aide à maintenir l’ordre de l’Univers. Au commencement, il existait sous la forme d’un œuf géant, qui contenait virtuellement toute la création. L’œuf renfermait les quatre éléments : le feu, la terre, l’eau et l’air. Ces éléments se sont combinés en une série de sept explosions pour créer la vie, qui a découlé de l’action d’un élément sur l’autre : l’étincelle est née du souffle de l’air sur le feu, les plantes ont poussé lorsque l’eau a arrosé la terre, etc. D’après un autre récit, Amma a d’abord conçu l’Univers en pensée, et a dessiné des signes dans l’espace avec de l’eau. Les signes sont ensuite devenus réels. Une autre version encore assimile l’acte de création d’Amma à celui d’un potier : on raconte qu’il a façonné le Soleil et la Lune en forme de pots et les a accrochés dans le ciel. Il a créé la Terre en lançant une boule d’argile dans les cieux, et le Soleil et la Lune en façonnant deux bols en terre cuite, l’un recouvert de cuivre rouge – le Soleil – et l’autre de laiton – la Lune -. Puis, il a jeté dans l’espace une poignée de fragments d’argile, créant les étoiles. Il a enfin fait de la terre un élément féminin, d’argile également, qu’il a étendu, face tournée vers le haut.

La divinité africaine OIorun chez les Yoroubas

Dans la religion traditionnelle des Yoroubas du Bénin et du Nigeria, l’« Être suprême » est Olorun – littéralement « Seigneur du ciel ». On l’appelle aussi parfois Olodumare.
Depuis son siège céleste, Olorun voit que le monde n’est qu’un vaste océan. Il convoque deux de ses fils, Obatala et Oduduwa, et leur confie un sac, une poule et un caméléon avant de leur demander d’aller en bas. Alors qu’ils descendent, il plante un grand palmier à la surface des eaux : les frères terminent leur voyage dans les branches de l’arbre.

Obatala incise l’écorce de l’arbre pour tirer de sa sève sucrée un puissant vin. Rapidement saoul, il s’endort. Oduduwa, qui avait pendant ce temps glissé au pied de l’arbre, ouvre le sac confié par leur père. Il trouve du sable avec lequel saupoudre la surface houleuse de l’océan. Puis, il place le caméléon sur le sable, et le sol s’affermit. Au fond du sac, Oduduwa trouve encore de la terre sombre, qu’il répand sur le sable. Il y dépose la poule qui, en grattant et en picorant, disperse la terre alentour jusqu’à former le grand continent africain.

Olodumare donne encore à son fils un sac contenant du maïs à semer, une provision de cauris, des coquillages dont il se servira pour commercer avec les autres peuples, et 3 barres de fer afin qu’il les transforme en armes et en outils. Oduduwa a été le premier roi des Yoruba. Il appela l’endroit où il avait accompli sa création Ifé, « la Grande Maison », qui devint la capitale des Yoruba.

La divinité africaine Mbombo au Congo

divinités africaines

Les Kuba, qui vivent dans la dense forêt équatoriale, appellent le dieu créateur Mbombo. De sa bouche jaillit soudainement la vie. Dans leurs récits, jadis, il n’existait rien sinon des eaux agitées plongées dans l’obscurité. À leur surface se déplaçait l’esprit nommé Mbombo. Au premier jour, Mbombo est pris d’un violent mal d’estomac et vomit, donnant naissance au Soleil, à la Lune et à une myriade d’étoiles lumineuses. Dans la lumière du soleil, l’océan se transforme en nuages. Le niveau des eaux baisse, révélant des collines et des plaines. L’estomac de Mbombo se contracte de nouveau, libérant cette fois un formidable flot de vie : le ciel immense, l’éclair fourchu, les arbres aux racines profondes, les animaux agiles ainsi que le premier homme et la première femme.

La divinité africaine Zanahary à Madagascar

Zanahary, ou Andriamanitra, signifiant littéralement « celui qui a créé » est le dieu créateur malgache, dieu « double » et effrayant. Sa parole est à la fois foudre et tonnerre, père et mère. Il renferme le principe actif du jaillissement de la vie et le principe passif de la permanence.

Au commencement, il y a deux Zanahary : celui d’en haut et celui d’en bas. Le Zanahary d’en bas fabrique des figurines en argile qui représentent des hommes, des femmes et des animaux. Mais il ne peut leur donner la vie. En échange de la lumière du soleil, le Zanahary d’en haut lui demande quelques-unes de ces statuettes. À la place, le Zanahary d’en bas lui propose des poissons, mais l’autre veut des femmes. Ils trouvent finalement un accord et le Zanahary d’en haut donne la vie. Le Zanahary d’en bas refuse pourtant de donner les femmes. Tous deux deviennent alors ennemis. C’est ainsi que se sont séparés le monde d’en haut et celui d’en bas.

D’autres mythes de la création

Obscurité et lumière chez les San

Pour les San, ou Bochimans, du désert du Kalahari au Botswana et en Namibie, les mythes de la création font référence à un monde primordial irrégulièrement éclairé, aux nuits de totale obscurité. Leurs récits expliquent l’avènement du Soleil et de la Lune dans le ciel.

Au commencement, le Soleil vivait parmi les tribus du bush. Il était comme les autres hommes, hormis la lumière qui irradiait de ses aisselles lorsqu’il ouvrait les bras. Quand il baissait les bras, l’obscurité envahissait la terre. Une sage vieille femme conseilla à ses petits-enfants de prendre par surprise le vieil homme Soleil et de le projeter loin dans le ciel afin que sa lumière pût s’étendre davantage sur tous les êtres vivants. Lorsque le Soleil s’allongea pour dormir, ils rampèrent jusqu’à lui et, en un instant, ils s’étaient emparés de lui et l’avaient jeté par-dessus leurs têtes jusqu’à la grande caverne des cieux. Ils lui crièrent de ne plus descendre sur la terre. Loin de là, les parents des enfants virent apparaître le soleil dans le ciel, telle une sphère dorée, et ils se réjouirent. Ainsi l’obscurité fut chassée des cieux.

La déesse mère chez les Akan et les Zoulous 

Pour les Akan du Ghana, l’univers a été engendré par Nyame, une déesse mère identifiée à la Lune. Chez les Zoulous, l’esprit éternel donne l’ordre à la déesse mère Ma de se créer elle-même, puis de créer les étoiles, le Soleil et la Terre.

divinités africaines

Savoir et vide en Afrique de l’Ouest

L’un des mythes de la création les plus complexes vient des Bambara d’Afrique de l’Ouest. Le vide primordial, Fu, a donné naissance au savoir, Gla gla zo. Savoir et vide constituent la force créatrice de l’univers à partir duquel commence un processus mystique d’énergie libérée et rétractée. Ce processus aboutit à la formation de la conscience humaine, principe de l’univers. Puis le vide originel se met à s’enrouler en deux spirales tournant en sens inverse l’une de l’autre : il donne naissance ainsi à quatre mondes. Une masse lourde tombe et devient la Terre, une partie légère s’élève et devient le ciel, qui, en se répandant sur la Terre sous la forme de l’eau, permet l’éclosion de la vie : alors l’herbe et les animaux aquatiques apparaissent.

La force du Verbe au Rwanda

Plus simplement pour les Bantous du Rwanda, Imaana le dieu unique ancestral crée le monde à partir de rien, juste par la force de sa parole, son verbe. On retrouve une grande similitude avec Yahweh, qui dans la Bible crée en formulant un souhait qui aussitôt se réalise : « Que la lumière soit… et la lumière fut » (Genèse, 1, 2). Connu aussi sous le nom d’Amon, il est également la représentation du dieu unique dans la mythologie égyptienne.

Chaque ethnie a élaboré son propre panthéon et les dieux nationaux sont souvent regroupés en familles. Chaque peuple africain possède sa propre version de la création du monde. Pour tous, les éléments de la nature ont une grande importance : l’océan, la forêt, le Soleil, la Lune, la Terre, la vie, la mort, etc. En Afrique, le monde, l’univers et la divinité font partie d’une même unité. Les rites ancestraux, encore pratiqués aujourd’hui, montrent la préoccupation des Africains : vivre en harmonie, ajuster l’être humain au monde visible et invisible.

Pour en découvrir plus de l’Afrique et (pourquoi pas) préparer votre prochain voyage, rendez-vous sur la rubrique Guide de voyage !

Sarah Freitag

Sources :

Mythes et croyances du monde entier, A. Akoun (livre).
Mythologies Mythes Légendes, S. Wyckaert (livre)
Larousse des religions, H. Tincq (livre)
Larousse des mythologies du monde, F. Comte (livre)

Laisser un commentaire

Je te parle de voyage par les mythes et légendes du monde 🌍🍀

Mon podcast où je raconte des histoires…

Mon Instagram

L’esprit de ce blog

Abonnez-vous :)

Publicités