tatouages en corée

L’évolution des tatouages en Corée du Sud : influence de la K-Pop et nouvelle ère

8–12 minutes

Le tatouage est un art millénaire qui se pratique dans de nombreux pays du monde dont la Corée du Sud. Tour à tour associés à un talisman, une punition et une marque terrifiante, les tatouages connaissent aujourd’hui un engouement important au pays du matin frais. Autrefois empreint d’une forte connotation criminelle, cet acte est devenu un véritable moyen d’expression pour de nombreux Coréens. Businessmen, mères de famille ou étudiants, ils sont plus de 13 millions à avoir succombé à ce phénomène. Cependant, malgré cet engouement, la libre pratique du tatouage n’est toujours pas autorisée et les médias continuent de les masquer. Après avoir retracé l’histoire du tatouage en Corée du Sud, explorons dans cet article l’influence de la K-Pop et de la nouvelle génération dans la perception de cet art au sein du pays.

L’influence de la K-Pop et de la culture populaire

En plus d’être un formidable outil au service de la Hallyu, la K-pop joue un rôle essentiel dans la perception des tatouages. En effet, depuis quelques années les idols et les sportifs n’hésitent plus à exhiber fièrement leurs corps sur les réseaux sociaux. D’abord suggérés au travers des vêtements, les k-stars dévoilent désormais au grand jour leurs tatouages. D’abord l’apanage des hommes, ces dessins se sont progressivement ancrés sur les peaux féminines. Grâce à leur grande popularité et leur médiatisation internationale, ces artistes ont contribué à la démocratisation des tatouages, surtout auprès des jeunes générations. Considéré comme une marque criminelle il y a 50 ans, le tatouage se démocratise lentement pour devenir une forme d’art respectée.

Le tatouage auprès des nouvelles générations

13 millions de Coréens tatoués

tatouages en corée

On estime qu’environ 13 millions de Sud-Coréens seraient tatoués. Ceci englobe les tatouages permanents (motifs graphiques) ainsi que les semi-permanents (maquillage des sourcils, contour des lèvres, eye-liner, etc.). La nouvelle génération, plus ouverte d’esprit et connectée grâce aux réseaux sociaux, considèrent les tatouages comme une forme d’expression individuelle et ne les associe plus à des connotations négatives. C’est pourquoi, elle n’hésite plus à passer à l’action en se gravant toutes sortes de motifs, de simples initiales aux pièces recouvrant toute une partie de leur corps. Au fil du temps, le nombre de personnes adoptant des tatouages ne cesse ainsi de croître, tout comme le nombre de tatoueurs.

Une expression de l’individualité

La société coréenne se caractérise par son collectivisme. L’individualisme s’efface alors au profit du groupe. Les Sud-Coréens s’efforcent de correspondre aux standards nationaux pour s’intégrer. Cependant, depuis le début du XXIe siècle, les nouvelles générations semblent se détacher de ces normes. Dorénavant, la mode est à l’expression de son individualité. Certains voient dans l’art du tatouage la réponse à leur quête d’originalité. Par l’apposition d’un motif permanent, les Sud-Coréens expriment ainsi leurs différences et affirment leur personnalité.

Une nouvelle forme de beauté

Cette révolution culturelle a remis en question les normes de beauté traditionnelles en Corée du Sud. Alors que la société coréenne valorisait une apparence homogène et sans défaut, les tatouages ont introduit un nouveau paradigme de beauté : célébrer les différences et s’accepter en dépit du regard des autres. Qu’ils soient discrets ou imposants, les tatouages permettent aux individus de s’exprimer au-delà des apparences et deviennent des instruments au service de l’acceptation de soi.

L’art du tatouage au pays du matin frais

Le style du k-tattoo

Des motifs simples et épurés

tatouage corée du sud
Tatoo artist : Sion Kwak

Loin des motifs de Munsin, les tatouages coréens se distinguent désormais par leur minimalisme et leur pureté. En effet, les dragons et autres tigres ont laissé leurs places aux fleurs et animaux mignons. Les couleurs se sont également adoucies et se rapprochent du pastel. Ce résultat est possible grâce à la technique des tatoueurs coréens qui n’utilisent qu’une seule aiguille. Leurs tracés sont ainsi très fins et précis et leur permettent de réaliser des œuvres pures et détaillées. 

La montée en puissance du micro tatouage

La connotation négative autrefois associée aux tatouages imposants des gangsters, a incité les tatoueurs à se concentrer sur des motifs plus petits. Ces dessins se caractérisent par des traits fins, une complexité dans les détails, ainsi qu’une utilisation inventive de la couleur. Ces créations, que certains désignent sous le terme de « k-tattoo » ou « korean tattoo », ont su captiver des amateurs du monde entier. La créativité des artistes coréens dans ce domaine est fortement appréciée par les connaisseurs et attire un nombre croissant d’étrangers, qui se rendent en Corée spécifiquement pour obtenir ces pièces uniques.

tatouages corée du sud
Instagram : playground_tat2

L’influence de la culture traditionnelle

Les tatoueurs sud-coréens s’inspirent de la riche culture de leur pays pour créer leurs motifs. Ainsi, des éléments traditionnels comme 

  • les animaux légendaires (dragons, gumiho, haetae, etc.), 
  • les fleurs (pivoine, hibiscus, prunier, etc.), 
  • les animaux totem (grue, tigre, etc.), 

sont alors régulièrement représentés. Leurs formes et leurs couleurs sont mises au goût du jour pour plaire à leurs clientèles. Les autres styles les plus plébiscités sont la calligraphie traditionnelle, le watercolor qui rappelle les peintures ancestrales « Minhwa », ainsi que les symboles bouddhiques comme les mandalas ou les fleurs de lotus.

Le Norigae, le tatouage aux allures d’antan

Les tatouages « Norigae » sont largement inspirés des ornements traditionnels portés par les femmes. Ces accessoires ancestraux étaient composés de plusieurs cordelettes nouées avec soin, de breloques, de perles, voire de pierres précieuses comme le jade. Les dames les portaient autrefois autour à la taille de leur jupe. Ces parures, au-delà de leur élégance, apportaient chance et bonheur à qui les arborait. Les tatoueurs se sont alors approprié les codes de ces accessoires typiques pour créer un nouveau style de tatouage. Ceux-ci intègrent ainsi des tracés souples, des motifs floraux ou géométriques et des nuances vibrantes de rouge, bleu, vert ou or. Certains y ajoutent des représentations animalières, quand d’autres restent plus minimalistes. Le Norigae servant donc juste de base à la créativité sans limites des artistes sud-coréens.

tatouages corée du sud
Instagram : tattooist_sion

Le Gwimunsin, un tatouage qui parle à l’oreille des Coréens

En coréen, « gwi » signifie « oreille » et « munsin », « tatouage », le Gwimunsin est donc un tatouage apposé sur l’oreille ou ses environs. Ces dessins sont alors relativement petits et fins. Les tatoués optent souvent pour des motifs floraux ou issus de la calligraphie traditionnelle. Les Gwimunsin sont principalement réalisés sur des femmes qui peuvent les dissimuler derrière leur épaisse chevelure. Ce type de tatouage est considéré comme un accessoire esthétique. Ce bijou de peau indélébile fait de plus en plus d’émules et casse les barrières entre tatouage émotionnel et ornement purement visuel.

tatouages en corée du sud
Instagram : Tattooist_banul

Des artistes reconnus internationalement 

La renommée des tatoueurs sud-coréens se joue quasi exclusivement sur les réseaux sociaux. Le partage de leurs créations sur des plateformes mondiales telles qu’Instagram ou TikTok leur offre une visibilité internationale. Certains clients n’hésitent pas à faire plusieurs heures de vol dans l’unique but de se faire tatouer par l’un de ces artistes après avoir consulté leur page. Parmi les plus connus, se trouvent 

Leur univers et leur coup d’aiguille incomparables leur permettent d’attirer une clientèle toujours plus importante. Leur présence dans divers salons internationaux leur offre également la possibilité de faire connaitre leur art et de se faire un nom, au-delà des frontières de leur pays.

La pénible acception des tatouages en Corée du Sud

Les contraintes légales et sociales

Certes, la culture du tatouage en Corée du Sud remonte à l’Antiquité, ses motifs et ses significations ont évolué et un grand nombre de Coréens en arbore, mais tatouer reste un acte illégal au pays du matin calme. En effet, en 1992 la Cour constitutionnelle nationale a décidé que l’acte de tatouer serait exclusivement réservé aux professionnels ayant une licence médicale. Cependant, les tatoueurs en sont convaincus, tatouer est un art et non un acte médical. C’est pourquoi, ils continuent d’exercer en toute illégalité. 

Vous ne trouverez donc aucune vitrine clinquante dans les rues. Les tatoueurs pratiquent dans des lieux tenus secrets, à l’abri des regards. Certains de leurs repaires sont bien connus des autorités locales qui choisissent de fermer les yeux pour le moment. Néanmoins, s’ils venaient à surprendre un tatoueur en plein travail, ils pourraient le sanctionner de 2 ans de prison et d’une amende de 10 millions de wons. Malgré ce risque, on estime à 50 000 le nombre de tatoueurs artistiques en Corée du Sud et à 300 000 le nombre de tatoueurs semi-permanents.

Une connotation négative induite par le confucianisme

La pensée confucianiste, profondément enracinée dans la culture coréenne, valorise le respect du corps. Ainsi, toute altération ou détérioration est fortement désapprouvée par les anciennes générations, les tatouages étant perçus comme des actes de défiance envers les normes sociales. Arborer un motif indélébile sur la peau peut ainsi conduire au rejet de certaines personnes conservatrices ou de certaines institutions.

La lutte contre la stigmatisation

Une société conservatrice

En dépit de leur grande popularité, les tatouages restent un sujet de débat en Corée du Sud. En effet, les nouvelles générations, plus ouvertes d’esprit, se heurtent aux stéréotypes des anciens. Ces derniers, profondément conservateurs, voient toujours les tatouages comme l’expression de la criminalité. C’est pourquoi, il peut être difficile de trouver un travail en contact avec la clientèle si on porte un tatouage. De même, l’accès à certains lieux publics comme les jjimjjilbangs (saunas coréens) et piscines municipales peut être tout bonnement interdit. Dans certains cas plus radicaux, les tatoués se voient refuser leur participation à des rassemblements religieux, car elles sont perçues comme « satanistes » par certains membres de l’Église.

La diffusion des tatouages dans les médias

Les tatouages sont un sujet clivant en Corée du Sud. C’est pourquoi les grandes chaînes de télévision comme SBS, KBS et MBC évitent de diffuser des images de personnes tatouées. Si les producteurs invitent des stars tatouées, elles leur demandent en amont de les camoufler. C’est ainsi que de nombreuses idols et acteurs ont été contraints de porter des manches longues, des écharpes, des gants ou des sparadraps pour dissimuler leurs tatouages. Si par inadvertance l’un d’entre eux se dévoilait lors d’une performance, les monteurs floutaient systématiquement la zone. Cependant, avec l’évolution des mentalités certaines chaînes de télévision autorisent désormais les tatouages de petite taille. Ainsi, grâce à l’influence des célébrités occidentales et sud-coréennes les tatouages deviennent progressivement un élément de mode culturellement accepté.

En bref

Les tatouages, longtemps réservés aux voyous, deviennent un véritable accessoire de mode mélangeant tradition et modernité. Précurseur en matière de tendances, la Corée du Sud a su s’approprier cet art ancestral et le faire évoluer. Bien que des défis persistent, le pays semble prêt à réévaluer sa perception des tatouages, acceptant progressivement que cette tradition millénaire puisse être un moyen légitime d’affirmer son individualité. Les stars nationales et internationales ont eu un impact significatif sur ce changement d’attitude, et ont insufflé à la jeune génération la confiance nécessaire pour explorer d’autres formes d’expression de soi. Un nouveau chapitre s’ouvre ainsi pour ce pays en pleine métamorphose sociale.

Mathilde Leroy

Sources
En Corée du Sud, les tatoueurs doivent être diplômés en médecine – 24 matin
Corée du Sud: les tatouages font fureur mais les tatoueurs sont hors-la-loi – L’express
En Corée du Sud, où le tatouage est illégal, les filles se font tatouer les oreilles – Konbini
Le tatouage en Corée du Sud – Kphenomen
Tattoos In Korea | History And Modern Issues – Creatrip
Korean Tattoos: The History of Norigae – Madrabbit
The Korean Tattoo Culture – Diva Portal

Pour lire la première partie de cet article, c’est par ici !

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