A la découverte de 4 vampires issus des mythologies du monde entier
Les vampires… Ces créatures mythologiques à la fois fascinantes et terrifiantes sont si connues que la simple évocation de leur nom vous mettra, à coup sûr, des images bien précises dans la tête : Dracula et ses épouses, Elisabeth Bathory et les bains de sang (sur ce point, je vous invite à découvrir notre article qui débunk les légendes à son sujet, lien en fin d’article), la jeunesse éternelle, la Transylvanie, les chauve-souris, et l’aura de figures à la fois dangereuses et attirantes, repoussantes et hypnotiques à la fois… Et ne me parlez pas de la saga Twilight et ses vampires, qui ont autant en commun avec le monstre originel que mon compte en banque avec celui de Kristen Stewart.
Il faut le dire, les suceurs de sang font partie du panthéon de ces chimères qui se sont construit une place de choix dans notre imaginaire moderne, aux côtés de la Dame blanche, des zombies, de la créature de Frankenstein ou encore de la Momie. Mais pourtant, la croyance en des êtres de cauchemar qui se nourrissent de sang est très ancienne, elle. Et répandue dans le monde entier. Il existe beaucoup d’autres figures assimilables à notre vampire, et qui gagnent à être connues elles aussi ! Pour Halloween, je vous propose un petit tour du monde des suceurs de sang, histoire de frissonner en voyageant un peu…
Le Strigoï roumain : gare aux revenants qui sortent de leur tombe !
Origines et types de Strigoï
Directement issues des anciennes croyances liées aux revenants dans les pays de l’Est, les Strigoï sont des créatures mortes-vivantes du folklore roumain. Souvent, ce sont des âmes troublées qui sortent de leur tombe la nuit pour tourmenter leurs proches. Mais il ne faut pas se tromper ! Le terme désigne une sorte de revenant avec un corps physique, mais qui diffère du zombie. Il n’existe pas de mention écrite des Strigoï avant le XVIe siècle. Mais pour le protochroniste Adrian Cremene, les vampires roumains seraient des créatures de la mythologie dace, correspondant à une représentation des esprits des morts dont les âmes n’étaient pas dignes d’entrer au Paradis. Ces légendes se retrouvent partout dans les balkans, répandues par la tradition orale. Avec le temps et la christianisation de ces pays, les Strigoï ont été assimilés à des créatures maléfiques détruisant et pervertissant l’âme des vivants, pour se repaître de leur sang. Il en existerait deux types :
- Les Strigoï vivants : il s’agit d’une sorte de sorcier, qui vole la richesse des paysans (leur lait et leur blé), peut détruire les récoltes, tuer les troupeaux, stopper la pluie ou faire tomber la grêle.
- Les Strigoï morts : Beaucoup plus dangereux, leur nature est aussi plus ambigue. Ces créatures sont à mi-chemin entre les humanoïdes et les démons. Il s’agit en général d’un mort-vivant, qui sort de sa tombe, revient dans sa famille et se comporte comme s’il était vivant. Mais le contact du Strigoï affaiblit peu à peu ses proches, jusqu’à ce qu’ils meurent à leur tour.

Caractéristiques physiques, origines et conjuration de la malédiction
Selon les encyclopédistes et folkloristes Dimitrie Cantemir et Teodor Burada, il existe plusieurs causes à l’apparition d’un Strigoï. Parmi elles, on dit :
- Que septième enfant du même sexe d’une famille peut devenir Strigoï,
- La malédiction peut toucher principalement les roux,
- Seront touchés ceux qui mènent une vie de péchés,
- Ceux qui meurent sans être mariés,
- Ceux qui meurent de parjure,
- Ceux qui se suicident,
- Les bébés qui sont nés coiffés du placenta,
- ou ceux qui sont maudits par une sorcière.
Une des raisons pour lesquelles le Strigoï est si marquant, c’est son apparence. Il possède des canines proéminentes et des yeux injectés de sang. Sa peau est blanche, quasiment translucide. Le monstre est mort, mais son corps ne se décompose pas et il garde sa physionomie. Cette description a inspiré de nombreux artistes, auteurs et créatifs depuis des siècles, et a en grande partie influencé l’image si connue dans le mythe du vampire.
Comment se débarrasser d’un Strigoï ? Telle est la question. Heureusement, les superstitions nous donnent quelques pistes. Si on soupçonne un mort de devenir Strigoï pour une quelconque raison, il est d’usage de clouer fermement son cercueil, de planter un pieu dans la poitrine du cadavre, ou encore de le brûler pour éviter qu’il ne revienne…
Le Pennanggalan, l’horreur organique incarnée

Le Pennanggalan est un fantôme du folklore malais, parmi les plus connus du pays. Par ses caractéristiques, il est assimilable à un vampire. On retrouve des créatures similaires :
- En Thaïlande, où il est appelé Krasue;
- Au Laos, où son nom est Kasu;
- Au Cambodge, sous le nom de Ap;
- et à Bali, où on l’appelle Leyak.
Il est aussi proche du Manananggal philippin. Le nom Pennanggalan signifie littéralement “qui se détache”. Il s’agit toujours d’une femme, dont la tête seule apparaît. Elle flotte dans les airs, la bouche dégoulinante de sang, les yeux exorbités et les dents acérées, avec ses intestins qui traînent derrière elle. On raconte qu’elle est souvent contrôlée par un sorcier mauvais, ou un esprit maléfique. La nuit, on entend parfois son hurlement terrifiant, qu’elle pousse avant d’attaquer les enfants ou les femmes enceintes. Si elle vise spécifiquement ces victimes, c’est parce que la Pennanggalan était autrefois une mère, morte en couches avant d’être transformée. Les légendes affirment qu’elle se jette sur sa victime avant de se repaître de son sang. Une fois rassasiée, elle retourne dans sa tombe où son corps et sa tête se réunissent alors.
Il existerait plusieurs manières de se débarrasser d’une Pennanggalan :
- La piéger dans des buissons : ses entrailles ainsi entravées, la vampire se retrouverait quasiment impuissante ;
- L’enfermer dans un coffre, même si elle pourrait se transformer en fumée selon certains récits ;
- Se boucher les oreilles pour se protéger de son cri ;
- Et enfin, la méthode qui semble la plus efficace : attendre qu’elle dorme dans sa tombe, pour la faire périr par le feu.
Pour notre prochaine rencontre, quittons l’Asie du sud-est pour nous rendre en Afrique…
Asanbosam, les vampires ashanti

L’Asanbosam, aussi appelé Sasabonsam, est une créature décrite comme semblable à un vampire de par son régime alimentaire. Elle est parfois appelée Asanbosam, parfois Sasabonsam : certains affirment que les deux sont des créatures différentes, d’autres qu’il s’agit du même monstre. Les versions varient, mais une chose est sûre : ce suceur de sang est issu du folklore des peuples Ashanti. Pour mieux les situer, il est bon de préciser que ces communautés vivent dans les actuels Ghana, Côte d’Ivoire et Togo.
Selon les légendes, l’Asanbosam est connu pour se cacher dans la forêt profonde, attendant patiemment sa proie. Il aurait des dents de fer, parfois des griffes et cornes, mais surtout, il aurait de puissantes jambes tordues se terminant par des crochets de métal en guise de pieds. Ces derniers lui permettent de s’accrocher aux branches des arbres où il vit, la tête en bas. Selon les localités, les récits lui attribuent une apparence humanoïde, d’autres un aspect de chauve-souris géante, dont l’envergure pourrait mesurer jusqu’à 20 mètres. Lorsqu’un promeneur imprudent passe sous sa cachette, le vampire ashanti l’attrape. Il le viderait alors de son sang et de son énergie vitale, le tuant sur le coup. Selon les populations, il serait aussi capable de détruire certaines récoltes pour en aspirer les sucs vitaux, comme son confrère vampire l’Obayifo, d’origine ashanti lui aussi.
Yara-ma-ya-who, étrange créature aborigène

Le Yara-ma-ya-who est un monstre issu du très riche folklore aborigène, et que l’on pourrait considérer comme un cousin éloigné de notre vampire. Il est connu pour mesurer environ un mètre vingt, soit la taille d’un enfant de moins de six ans. Il a une apparence humanoïde, mais tient aussi du petit singe ou de la grenouille. Le Yara-ma-ya-who est pourvu d’une tête démesurément grande, sa peau est rouge, et sa bouche ne possède pas de dents. A l’extrémité de ses membres, on lui trouve des crampons qui servent à attraper ses victimes.
Les légendes racontent qu’il vit généralement dans des figuiers, et ne chasse pas. Il attend simplement qu’un voyageur imprudent s’arrête sous un arbre pour se reposer. Le monstre l’attrappe alors, aspire son sang jusqu’à la dernière goutte, et l’avale avant de faire une sieste. Une fois réveillé, il régurgite sa proie vivante : elle n’aura aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. Elle sera simplement devenue un peu plus petite, et un peu plus rouge. A chaque attaque, et chaque cycle de digestion et régurgitation, la victime du Yara-ma-ya-who rétrécir peu à peu, jusqu’à devenir un montre à son tour…
Lorsqu’on s’éloigne de l’imaginaire européen, on se rend compte d’une chose passionnante : la figure du vampire est multiforme, et ressemble parfois à tout sauf un gentleman creepy à l’accent slave. Il peut prendre des formes très différentes, et parfois varier dans son régime alimentaire ! Dans certaines cultures, le vampire est symbole d’anéantissement, de décrépitude : il ne se nourrit pas forcément de sang, mais peut aussi aspirer les sucs vitaux, l’énergie à l’origine de la pulsion de vie, pour se nourrir. Dans d’autres, il est utilisé comme un avertissement contre les dangers de la nature sauvage. Comme partout, l’imaginaire fantastique cache une symbolique qui est passionnante à décrypter, toujours reliée à notre monde, et à notre humanité de manière intime. Et c’est la raison pour laquelle j’apprécie personnellement explorer de nouveaux folklores. On ne sait jamais les surprises qui nous y attendent…
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