Le Lanmaoa asiatica, ou le champignon qui défie tout ce que les scientifiques connaissent sur les substances hallucinogènes
On connaît la fameuse expression qui affirme qu’une personne “voit des éléphants roses” lorsqu’elle est dans un état second. Et on l’imagine assez facilement, puisque le nombre de substances psycho-actives ne manquent pas, qui font vivre des hallucinations parfois très intenses. Mais saviez-vous qu’il existe un champignon qui fait voir des lutins, ou des personnes de petite taille selon les témoignages ? Encore plus étonnant, ses effets sont inexpliqués : la substance responsable des visions ne correspond à aucune molécule connue par les scientifiques à ce jour ! De là à imaginer que ce champignon soit responsable en partie des légendes liées aux lutins, trolls et autres féétauds, il n’y a qu’un pas…
Le champignon qui fait voir des lutins
Trois régions du monde, trois champignons. En Papouasie Nouvelle Guinée, il s’appelle nonda. En Chine, on le nomme jian shou qing. Et enfin, aux Philippines, il porte le nom de sedesdem. Trois noms, pour une potentielle même famille fongique aux propriétés extraordinaires. Dès 1934, une expédition scientifique en Papouasie Nouvelle Guinée observe les locaux consommer le fameux champignon, et se retrouver en proie à d’importantes hallucinations, identiques dans le groupe entier.
Ces propriétés sont donc connues des locaux aux Philippines et en Chine, où le lanmaoa asiatica (son nom scientifique) est recherché pour sa saveur umami. Quelles sont ces hallucinations, me direz-vous ? Tous les consommateurs du champignon incriminé, lorsqu’il est cru ou mal cuit, disent voir des personnes de petite taille. Ces liliputiens marchent, sautent, nagent, et respectent les lois de la physique comme s’ils existaient réellement. Contrairement aux psilocybes, ces visions mettent jusqu’à vingt-quatre heures à apparaître, et peuvent durer jusqu’à 3 jours. Et outre ses propriétés hallucinantes, le lanmaoa asiatica fascine les scientifiques, pour une raison précise : les visions de petits lutins sont encore inexpliquées, car personne n’a encore identifié la molécule qui en est responsable !
Les hallucinations qui feront avancer la science
Contrairement aux champignons de genre psilocybe, le lanmaoa asiatica ne contient pas de psilocybine, cette molécule que l’on sait être en cause des hallucinations que vivent les consommateurs. Et contrairement à eux, les visions déclenchées sont systématiquement les mêmes. Selon une étude publiée dans le Angewandte Chemie International Edition, le champignon activerait une voie chimique complètement différente de leurs cousins psycho-actifs que nous connaissons déjà très bien. La science a identifié une série d’enzymes uniques, qui prouvent au moins deux choses : les champignons ont développé plusieurs manières d’agir sur notre cerveau, et notre connaissance du règne fongique reste partielle.
Mais les scientifiques se penchent actuellement sur la question, pour essayer de découvrir la molécule à l’origine de ces propriétés fascinantes. Car si son action reste mystérieuse, elle pourrait grandement aider à comprendre le mécanisme des hallucinations dans le cerveau humain. Par ailleurs, environ 200 à 300 personnes dans le monde souffrent chaque année d’hallucinations liliputiennes sans avoir consommé aucune substance. Le champignon aux lutins pourrait aussi aider à étudier les circuits neuronaux responsables de ces visions, en leur offrant par la même occasion un espoir de trouver un traitement.
Personnellement, je trouve les effets du lanmaoa asiatica fascinants. Dans toutes les cultures, et toutes les mythologies, on trouve des légendes liées à des lutins, farfadets, korrigans et autres liliputiens. Et si les croyances liées au Petit Peuple avaient pour origine ce champignon ? Même si la théorie reste séduisante, que les adeptes de folklore se rassurent : on trouve le lanmaoa asiatica aux Philippines, en Chine et en Papouasie Nouvelle Guinée uniquement. On peut donc encore continuer à rêver…
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